Voici les dossiers qui ont fait l'objet de plusieurs articles ou qui sont en train de mijoter
Article d'une enseignante engagée pour l’éducation à la vie relationnelle, affective et à la sexualité à l’école ainsi que pour l’épanouissement des jeunes.
Selon la Commission Indépendante sur l'Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. 5,4 millions de femmes et d’hommes adultes en ont été victimes dans leur enfance.
https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
En
parallèle, une étude de l’Arcom publiée en mai 2023 nous alerte :
chaque mois, 2,3 millions de mineurs fréquentent des sites
pornographiques, soit environ 12 % de l'audience totale de ces sites. Et
dès 12 ans, plus de la moitié des garçons y vont chaque mois, un
chiffre qui grimpe à près des deux tiers entre 16 et 17 ans.
Le
Haut Conseil à l'Égalité (HCE) met aussi en lumière la persistance des
stéréotypes de genre dans la société. D’après le "Baromètre sexisme" de
janvier 2024, 86 % des femmes ont déjà vécu une situation sexiste, et
neuf sur dix ont dû mettre en place des stratégies pour éviter le
sexisme au quotidien.
42
% des garçons déclarent regarder des vidéos pornographiques pour en
apprendre plus sur le sexe : La "culture du viol" se propage et
contribue à nourrir les violences sexuelles et sexistes, comme le
montrent des chiffres toujours aussi préoccupants : en France, un enfant
est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois
minutes.
https://www.sidaction.org/communique/leducation-est-la-premiere-des-protections/
Dans
ce contexte, le programme d'éducation à la vie affective, relationnelle
et à la sexualité (EVARS) qui sera instauré à la rentrée 2025
représente un enjeu majeur de santé publique et un levier essentiel dans
la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Les équipes
pédagogiques et les associations spécialisées doivent jouer un rôle
central pour guider les jeunes vers des relations plus respectueuses et
égalitaires.
Définition de l’EVARS
L’EVARS signifie Éducation à la Vie Affective, Relationnelle, et à la Sexualité. C’est un programme éducatif structuré et progressif visant à accompagner les jeunes, de l’enfance à l’adolescence, dans la compréhension de leur vie affective, relationnelle et de leur sexualité. Elle ne se limite pas à l’information sur la sexualité au sens strict, mais aborde aussi des dimensions essentielles comme le respect, les émotions, les relations humaines, l’égalité filles-garçons, les normes sociales, et les questions d’identité des genres.
L'objectif principal de l’EVARS
Favoriser l’épanouissement des jeunes dans leurs relations affectives, sociales et sexuelles, dans le respect de soi et des autres, en développant leur capacité à faire des choix libres et éclairés.
Ce qui est vraiment fait dans les écoles
https://www.jura.fr/famille/les-centres-de-planification-et-deducation-familiale-cpef/
Malgré
l'obligation légale, moins de 15 % des élèves bénéficient effectivement
des trois séances annuelles d'éducation à la sexualité recommandées,
notamment à l'école primaire et au lycée.
Dans un collège du Jura,
par exemple, les séances sont menées par des enseignant·es formé·es et
des intervenant·es, comme par exemple, une collaboratrice sage femme
d’un centre de santé sexuelle et respectent strictement les besoins et
la maturité des élèves.
• En classe de 6e : Changements corporels
liés à la puberté et de la prévention des violences intrafamiliales,
avec un focus particulier sur l'inceste.
• En classe de 5e :
Sensibilisation à l'égalité des genres, notamment à travers notre
participation au projet académique du 31 janvier, qui portait sur
l'égalité femmes- hommes dans les sciences, ainsi que sur la lutte
contre les LGBTQIA+phobies.
• En classe de 4e : Les relations
amoureuses, la notion de consentement, la prévention des violences dans
le couple (Utilisation du violentomètre) et les risques d’une grossesse
non désirée.
• En classe de 3e : La pornographie, de ses impacts sur
les relations entre hommes et femmes, et du risque croissant de
prostitution, qui touche particulièrement les jeunes filles.
Ces séances permettent d’aborder des sujets complexes de manière progressive et adaptée.
Diagnostic pour la lutte contre la prostitution dans le Jura
https://www.jura.gouv.fr/index.php/Actualites/Breves/Diagnostic-pour-la-lutte-contre-la-prostitution
Des intervenants compétents et une démarche encadrée
Les
séances sont encadrées par une équipe pluridisciplinaire : des
enseignant·es de discipline variées (SVT, EPS, documentalistes,
histoire-géographie, français etc.) infirmiers·ères, assistant·es
sociales, psychologues et intervenant·es extérieurs spécialisé·es, comme
par exemple le CICS de Besançon, le centre de consultation et
d’information sur la sexualité.
Ces professionnel·les veillent à aborder ces thématiques avec bienveillance et respect des diversités.
Certaines
initiatives vont plus loin, avec des clubs méridiens d’échanges sur ces
questions entre personnel formé et élèves volontaires ou des activités
spécifiques approfondissant des thématiques comme la prévention des
discriminations, le bien-être des élèves, les rapports sociaux comme par
exemple, la journée de la jupe pour le 8 mars (Journée internationale
pour
les droits des femmes)
https://www.cics-centredeplanification.fr/

Violentomètre réalisé par le Centre Hubertine Auclert
Les défis rencontrés par les enseignant·es
Plusieurs obstacles freinent la mise en œuvre de l’EVARS dans les établissements :
•Manque de formation:
De
nombreux enseignant·es expriment un besoin de formation spécifique pour
aborder ces sujets délicats. Dans notre académie, une formation EVARS
est dispensé par le Rectorat de Besançon pour tous les personnels
volontaires (sauf 1erdegré actuellement) par des enseignant·es formé·es,
mais cela reste inégal sur l’ensemble du territoire.
•Des moyens limités:
La
rémunération des enseignant·es en heures supplémentaires reste
incertaine et inégalement appliquée d’un établissement scolaire à un
autre.
De plus, aucun créneau horaire n’est formellement prévu dans
l’horaire des élèves, alors même que l’EVARS est devenu un enseignement
obligatoire.Cette contradiction fragilise sérieusement sa mise en œuvre.
•Des fausses informations propagées sur le sujet de l’EVARS:
Depuis l’introduction des ABC de l’éducation en 2012 jusqu’à la publication du
programme EVARS cette année, la diffusion de fausses informations n’a cessé de croître.
Récemment,
Alexandre Portier, ancien ministre délégué chargé de la Réussite
scolaire et de l’Enseignement professionnel a déclaré au Sénat en
novembre 2024: « Ce programme en l’état n’est pas acceptable » et a
ajouté : « Je m’engagerai personnellement pour que la théorie du genre
ne trouve pas sa place dans nos écoles. »
Or, la « théorie du genre »
n’existe pas en tant que doctrine enseignée dans les établissements
scolaires. Ce terme a été forgé par des opposants aux études de genre
pour décrédibiliser un champ de recherche universitaire qui analyse la
construction sociale des identités et les inégalités entre les sexes.
L’EVARS
ne promeut aucune idéologie mais vise à transmettre des connaissances
objectives sur la vie relationnelle, affective et sexuelle, tout en
luttant contre les discriminations et en promouvant l’égalité.
Des
associations opposées à l’EVARS à l’école, telles que SOS Éducation ou
Parents en Colère, ont propagé de fausses informations sur le sujet,
diffusant notamment des rumeurs alarmistes et infondées. Ces attaques,
souvent basées sur des idées erronées, peuvent mettre en danger les
enseignants en les exposant à des pressions, des menaces, voire des
violences. L’assassinat en
2020 de Samuel Paty, enseignant
d’histoire-géographie est un rappel tragique de la manière dont la
désinformation et l’instrumentalisation de sujets sensibles peuvent
dégénérer, mettant en péril la sécurité des professionnels de
l’éducation.
Florilège de ce que nous pouvons lire ou entendre :
• "On va apprendre aux enfants à avoir des relations sexuelles dès la maternelle"
C’est FAUX ! L’EVARS est progressive et adaptée à l’âge. En maternelle, on parle
d’émotions, de respect, d’intimité, pas de sexualité au sens biologique ou relationnel adulte.
• "Les enfants seront forcés d’assister à des cours de masturbation ou
d’apprentissage de pratiques sexuelles"
C’est FAUX ! L’ EVARS ne contient aucun contenu de ce type. Les contenus sont
validés par des experts en santé, en pédagogie et en psychologie.
• "On va imposer l’idéologie du genre à nos enfants"
C’est
FAUX ! L’ EVARS aborde la diversité, le respect de toutes les identités
et lutte contre les stéréotypes, mais n’impose aucune "idéologie".
Ces difficultés soulignent la nécessité d’un soutien renforcé aux enseignants via des formations et des moyens adéquats !
Nous vous invitons plutôt à suivre des associations comme Parents & Féministes, qui défendent une éducation respectueuse des droits de l'enfant, de l'égalité et de la diversité. Elle met l'accent sur la sensibilisation aux valeurs de respect, de consentement et de lutte contre les stéréotypes de genre, dans une démarche inclusive et bienveillante.
https://parentsetfeministes.com/
En
conclusion, l'EVARS (éducation à la vie relationnelle, affective et à
la sexualité) est essentielle pour offrir aux jeunes les clés
nécessaires à une vie épanouie et respectueuse. Elle va bien au-delà de
l'enseignement des faits biologiques, en promouvant le respect de soi et
des autres, le consentement et l'égalité.
Pour que cette éducation soit pleinement efficace, il est crucial de lui accorder les ressources nécessaires, de soutenir les enseignants et de favoriser une approche inclusive et bienveillante. L'EVARS est un véritable levier de prévention et d'émancipation, contribuant ainsi à la construction d'une société plus juste et respectueuse.
👉🏻 Le programme : https://www.education.gouv.fr/un-programme-ambitieux-eduquer-la-vie-affective-et-relationnelle-et-la-sexualite-416296
![]() | Michèle BrochotRetraitée engagée dans les droits humains, l'écologie et les luttes sociales |